L’humain, la technique et la « bêtise systémique » - Hommage à Bernard Stiegler
mar. 31 mai | Patronage laïque Jules Vallès

L’humain, la technique et la « bêtise systémique » - Hommage à Bernard Stiegler

Jean-Hugues Barthélémy | Philosophe

Heure et lieu

31 mai, 19:00 – 21:00
Patronage laïque Jules Vallès, 72 Av. Félix Faure, 75015 Paris, France

À propos de l'événement

Le philosophe Bernard Stiegler est décédé le 5 août 2020 à l'âge de 68 ans. Sa vie ressemble à un roman improbable. Jeune homme, sans bac, il tenait un bar jazz à Toulouse. Les temps sont durs, alors il décide de braquer une banque pour se financer. Au quatrième braquage, à main armée, il est arrêté et en prend pour 5 ans. C’est en prison, grâce à au professeur de philosophie Gérard Granel, un client de son bar musical, qu’il découvre les grands auteurs, la liberté de penser et s’initie à la philosophie, qui va devenir la passion de sa vie. Dès sa sortie de prison, il rencontre le père de la philosophie critique française, Jacques Derrida. C’est une révélation. L’ancien braqueur découvre que la théorie peut-être une arme de combat – de « déconstruction » des normes étouffantes et du prêt-à-penser. Il commence à s’intéresser aux nouvelles technologies, aux médias, à la société industrielle. Il écrit beaucoup. De façon hétéroclite. Hétérodoxe. Peu à peu sa propre pensée critique se déploie.

Proche de Bernard Stiegler, le philosophe Jean-Hugues Barthélémy rend hommage à cet homme de pensée et d’action qui a su faire vivre sa pensée en empruntant de nouveaux chemins, de nouveaux concepts ; notamment celui de pharmakon qui désigne à la fois le remède (d’une pharmacopée) et le poison (quand il est mal dosé). Mais également, les possibilités qu’offrent de plus en plus les nouvelles technologies, dont Bernard Stiegler trouvait indispensables et servicielles, et dont il reconnaissait l’extraordinaire inventivité et possible convivialité.

"Nombreuses sont les critiques de la technique qui considèrent que celle-ci ne constitue pas l’humain en son fond. La pensée de Bernard Stiegler fait ici exception, puisqu’elle affirme au contraire que l’humain a toujours été fait par la technique autant qu’il la fait. Bien sûr, on dira que cette exception est liée au fait que chez Stiegler la « critique » de la technique n’en est pas vraiment une au sens ordinaire du terme, puisqu’elle consiste plutôt à faire le tri au sein des techniques. La « critique » aurait alors ici son sens savant lié à l’étymologie grecque du mot : krinein, qui signifie « trier », parce que chez Stiegler la technique est pharmakon, c’est-à-dire à la fois poison et remède. Toutefois, cette pensée reste singulière dans la mesure où elle ne cherche pas à distinguer entre les bons et les mauvais usages des techniques, mais plutôt entre les bonnes et les mauvaises techniques. Nous présenterons ici le véritable trajet théorique qu’est l’œuvre de Stiegler, depuis son ouvrage philosophique fondamental La technique et le temps (3 tomes – années 1994/1996/2001), où l’humain se révèle constitué par la technique et déjà mis en danger par elle dans le même temps, jusqu’à la « pharmacologie de l’esprit » et sa notion de « bêtise systémique » développée à propos de ce que favorisent les dernières évolutions du système technique numérique et mondialisé (années 2010-2018), en passant par l’idée d’une « nouvelle critique de l’économie politique » dans les premiers essais engagés du philosophe (années 2002-2009)." Jean-Hugues Barthélémy

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